Raphael Saadiq : « L’album de Solange était un vrai témoignage de guérison pour moi » – (Interview)

Raphael Saadiq : « L’album de Solange était un vrai témoignage de guérison pour moi » – (Interview)

À l’occasion de la sortie de A Seat At The Table, le nouvel album de Solange, Raphael Saadiq a accordé une interview à Saint Heron, le label de Solange. Je vous propose aujourd’hui une traduction de cette interview, aussi fidèle que possible, mais vous pouvez retrouver l’originale ici. Aussi, si vous voyez des phrases ou des sens non respectés par la traduction, n’hésitez pas à me le signaler par commentaire ou par mail. Merci d’avance !

En tant que musicien, tu es un pionnier et une légende, selon moi. Qu’est-ce qui t’a, en premier, poussé à faire de la musique ?

Dans mon quartier, la musique était quelque chose de cool à faire. Aussi, beaucoup de personnes de ma famille en faisaient. Mon oncle, Elijah Baker Sr, avait beaucoup d’instruments chez lui, par exemple. Ma mère avait également l’habitude de passer beaucoup de disques à la maison, pendant des réunions de famille ou des fêtes, et j’étais intrigué par tous ces gens qui dansaient. Lorsque je marchais dans la rue, je voyais aussi les gens qui chantaient dans leur garage, dans les bars, et je me disais que c’était la chose que je devais faire. J’ai toujours été touché par la musique.

Nous connaissons tout du groupe légendaire Tony! Toni! Toné!. Mon père, qui m’a fait te découvrir, écoute toujours autant House of Music. Qu’est-ce que ça fait d’avoir fait partie d’un groupe aussi influent, et pas seulement dans le milieu R&B, mais aussi dans le Blues, la Funk et la Soul ?

C’est vraiment bon parce qu’il y a tellement de choses qui m’ont influencé à cette époque, avant même la formation du groupe, je me suis beaucoup entraîné et j’ai beaucoup appris. Nous étions un de ces groupes qui était un « vrai » groupe. Nous étions 6 à l’origine, à jouer dans un garage en essayant de tout comprendre à la musique, dans un environnement « hostile » d’Oakland. Ça m’a vraiment pris du temps pour être en mesure de faire un disque et de jouer dans la cour des grand, en étant en compétition avec d’autres disques.

C’est bon de savoir que des gens qui nous ont inspirés, comme The O’Jays, Minnies Riperton, Howlin’ Wolf et Earth, Wind & Fire, sont toujours des sources d’inspiration. Je suis heureux d’être capable de créer quelque chose qu’un père peut donner à sa fille ou son fils parce que c’est de cette manière que ça s’est passé pour moi : mon père et mes frères et sœurs m’ont fait découvrir la musique et j’ai ensuite pu transmettre une passion à quelqu’un qui l’a transmise à son tour à ses enfants.

Tu es un artiste aux multiples facettes. Tu écris, produis, chantes, joues de la musique et la liste ne s’arrête pas là. Même en groupe, dans l’album Lucy Pearl, tu étais le seul crédité à l’écriture. Je dis tout ça pour te demander : comment concilies-tu tout ça et t’arrive-t-il d’avoir des préférences de « casquette » ?

J’aime tellement la musique que ça fait partie de ma vie. Lucy Pearl m’a donné la chance de faire une partie de la musique que j’aime vraiment. Je suis un grand fan de A Tribe Called Quest, donc avoir Ali Shaheed Muhammed dans le groupe avec moi était une sorte de rêve, tout comme Dawn Robinson de En Vogue. Les premiers producteurs de En Vogue, Denzil Foster et Thomas McElroy, ont aussi donné leur chance à Tony! Toni! Toné!. C’était surréaliste de nous réunir tous après En Vogue, A Tribe Called Quest et mes projets solo. Lucy Pearl était définitivement un projet fun.

Je pense qu’il y a tant d’artistes qui ont été influencé par toi et ta vision de la musique, du coup ça tombe à pic que tu sois producteur aux côté de Solange pour A Seat At The Table. L’album est maintenant numéro 1 aux USA et c’est le premier numéro 1 de la carrière de Solange. Est-ce que l’un d’entre vous avait envisagé ce succès lors de la création de l’album ?

Solange et moi sommes les deux mêmes types de personnes. Nous travaillons pour faire quelque chose qui nous plaît et qui soit bon. Nous nous sommes faits confiance et je pense que c’est le principal. Tout ce qui arrive après, arrive, tout simplement ! Ça en dit long sur Solange parce qu’elle m’a fait confiance, et je la remercie pour ça. Je dis toujours qu’elle a de « grands yeux et de grandes oreilles » parce qu’elle écoute vraiment et elle sait ce qu’elle veut.

Elle est de Houston, donc elle aime la basse aussi ! Elle comprend ma manière de jouer comme si elle jouait… Et parfois elle joue ! Il lui arrivait de s’essayer à la batterie de temps en temps tout en jouant des claviers. Elle m’a vraiment inspiré. Parfois c’est vraiment difficile de trouver des gens sur la même longueur d’ondes, il n’y a pas tant de gens que ça avec qui le courant passe naturellement, comme ce fut le cas avec Solange. C’était la même chose lorsque je travaillais avec D’Angelo. Il avait toujours sa vision et le résultat était toujours comme il le voulait, sans que l’on ait eu l’impression de travailler. On peut s’asseoir, parler, plaisanter, faire de la musique, parler pendant une heure ou deux tout en n’ayant pas la sensation de travailler, et pourtant, on travaille. Quand Solange et moi nous sommes rendus chez Columbia Record (le label de distribution du disque, ndlr) à New York et avons écouté l’album avec Rob Stringer, c’est là que j’ai été frappé par le résultat. La manière dont elle a réuni tous les éléments dans ce projet.

Peux-tu nous raconter la première discussion que tu as eu avec Solange sur l’album ? Comment a-t-elle décrit le concept qu’elle voulait ?

Honnêtement, il n’y a pas beaucoup eu de discussion. J’ai tout de suite été d’accord pour travailler sur le projet, et elle a été d’accord quand elle a vu que je comprenais sa vision. Je ne suis pas venu « en tant que producteur ». D’habitude, lorsque je travaille avec quelqu’un sur un projet, je dis que je fais partie d’un groupe le temps du projet. Avec Solange, je suis venu sans pression et elle n’avait pas la pression. Nous nous sommes simplement réunis, nous avons travaillé, créé et fait de la musique. La première conversation que l’on a eue remonte à plusieurs années [8 ans, ndlr], avec la chanson « Cranes in The Sky« , qui était initialement un titre pour mon album.


Des années plus tard, alors qu’elle travaillait avec d’autres artistes, le titre avait été oublié et personne n’arrivait à remettre la main dessus. Quand on s’est revus, elle m’a dit « Tu te rappelles de cette chanson ? », alors j’ai cherché ma démo, je l’ai retrouvé puis elle a fait les paroles et mis de sa magie dessus. Je lui tire mon chapeau parce que j’aurais mis encore 2 ou 3 années pour en faire quelque chose. Ça avait déjà mis 8 ans ! On n’a jamais vraiment parlé des titres des chansons quand on les faisait, donc j’ai vraiment dû y repenser et écouter « Cranes« , et c’est là que j’ai réalisé que c’était la chanson que j’avais créée.

Tu as coproduit presque toutes les chansons de l’album, et quand ce n’est pas le cas, tu es à la musique. Ça doit être difficile à dire mais quelle est ta chanson préférée de l’album et pour quelle raison ?

Je crois que ma préférée est « Don’t Touch My Hair » parce que c’est un « jam ». Le « What you say to me » de Sampha couplé à la voix de Solange et à la basse… J’adore. Lorsque j’ai vu le clip, c’était encore mieux. Elle m’a dit qu’elle voulait voyager un moment et en profiter pour faire les visuels, donc lorsque j’ai vu le résultat final j’ai dit : « Wow, c’est vraiment frais. Elle a assuré ! ». En voyant ce qu’Alan [le mari de Solange, ndlr] et elle avaient fait pour les deux vidéos (« Cranes in The Sky » et « Don’t Touch My Hair« , ndlr), c’était comme si j’assistais à la naissance d’un bébé.

La musique, pour beaucoup d’entre nous, a le pouvoir de guérir. Comment espères-tu que cet album aidera à guérir la communauté noire à travers le pays et à travers le monde pendant ces temps difficiles ?

C’est une bonne question. Pendant le processus de création de l’album de Solange, j’étais dans une sorte de période de transition puisque je travaillais aussi sur mon propre album. J’avais récemment changé de manager, c’était un bon ami, et j’avais viré mon comptable. J’ai dû traversé tout ça et il a été dur pour moi de réfléchir et me concentrer sur ma propre musique. En travaillant sur l’album de Solange, elle est devenue une sorte de muse de par sa musique et sa vision. Les gens pourraient penser que c’est bizarre qu’elle fasse elle-même les arrangements de l’album, mais pour moi, c’était cool parce que j’ai eu la chance de découvrir la manière dont elle pensait et ça m’a changé les idées sur tout ce que je traversais dans ma vie. Je ne pouvais même pas travailler sur mon propre album à cette époque à cause de ce que je ressentais, mais l’album de Solange était un vrai témoignage de guérison pour moi.

Lorsque j’ai pour la première fois entendu « F.U.B.U. », je voulais dire à Solange : « Qu’est-ce que tu dis dans la chanson ? ‘This shit is for us’ ? ». Elle a pris des risques que peu osent prendre. Les artistes ne peuvent pas « souffler » mais cet album le permet comme dans la vie de tous les jours. Je pense que c’est pour cela que les mères et filles se retrouvent vraiment avec ce disque. Avec des chansons comme « Mad » et « Don’t Touch My Hair« , on peut facilement s’identifier et c’est fédérateur au sein d’une communauté.

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Outre la musique, tu es récemment apparu dans l’une de mes séries préférées, Luke Cage. Qu’est-ce qui t’a en premier poussé à participer et as-tu d’autres projets télé ?

Je participe à Underground avec mon amie Laura Karpman et je finis de travailler sur la série Insecure de HBO avec Solange et Melina. Deux de mes bons amies. Ali Shaheed Muhammad & Adrian Younge, s’occupent de la musique de Luke Cage, et ils sont venus me voir en disant « tu dois participer. On a besoin que tu performes dans la série ». Comme j’ai dit, je traversais une période difficile et à ce moment-là, je ne me sentais pas d’écrire une chanson et de participer à la série. Mais ils m’ont persuadé et j’ai finalement participé.

J’adore l’association musique / images. C’est vraiment quelque chose de beau, et j’ai vraiment de bons amis et des anges qui me regardent de là-haut tout le temps. Parfois les bonnes chansons arrivent à ceux qui cessent de réfléchir et qui font ce qu’ils aiment. De Faith Evans à Jidenna, il a tellement de bons artistes black dans la série.

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