Stone Rollin’, 4ème album de Raphael Saadiq

Stone Rollin’, 4ème album de Raphael Saadiq

Après Instant Vintage en 2002, As Ray Ray en 2004 et The Way I See It en 2008, Raphael Saadiq commercialise son 4ème opus solo le 25 mars 2011 : Stone Rollin’. Dans un contexte où succès critique et commercial sont enfin au rendez-vous, l’enjeu autour de cet album est donc capital.

Stone Rollin’, un album transitoire ?

En 2011, Raphael Saadiq sort donc d’un gros succès commercial et critique, en l’état de The Way I See It, disque de Soul rivival de la Motown des années 60 et 70. Ainsi, avec cet album, il a réussi à atteindre un nouveau public, ses ventes explosent, sa tournée passer par l’Europe et il reçoit 4 nominations aux Grammy Awards, entre autres.

Stone Rollin’ a donc un rôle double : celui de fidéliser le public récemment acquis et celui de contenter ses fans de la première heure, parfois déroutés par cette Soul trop formatée qu’on leur a livrée.

Raphael Saadiq Stone Rollin'

  1. Heart Attack
  2. Go to Hell
  3. Radio
  4. Over You
  5. Stone Rollin’
  6. Day Dreams
  7. Movin’ Down the Line
  8. Just Don’t (feat. Yukimi Nagano)
  9. Good Man
  10. The Answer
  11. The Perfect Storm (Titre caché)

Le titre de l’opus, tout d’abord, est une invention de Raphael Saadiq : il ne s’agit pas d’une référence au groupe Rolling Stone (même s’il est monté sur scène avec Mick Jagger aux Grammy Awards quelques mois plus tôt) ou à une chanson de Bob Dylan. Ici, Stone Rollin’ est un terme qui signifie « prendre des risques, lancer les dés et voir ce qui va se passer ».

Le vintage, toujours présent

En visualisant la pochette (de Mathieu Bitton), on comprend que le tripe « Années 60 » n’est pas passé avec Stone Rollin’. Cependant, contrairement à son prédécesseur, l’album est plus subtile, moins copié-collé et plus à la sauce « Saadiq ». On y retrouve quelques titres ficelés comme sur le précédent disque mais l’ensemble se veut résolument plus rock et plus blues, plus… différent.

En piste 1, nous retrouvons Heart Attack, le premier titre écrit pour cet opus et directement inspiré de Sly And The Family Stone. Avec son infectieuse guitare, ses roulements de batterie et ses cris, la chanson d’ouverture se veut agressive, haletante et rock : une sorte de version alternative du smoothie Love That Girl, ou encore une version plus rock de 100 Yard Dash.

Mais le titre qui est le plus calqué sur l’album précédent est sans contexte le premier single, Radio. Impossible de souffler durant ce uptempo tant le rythme est incessant, les paroles sont catchy et les riffs de guitare accrocheuses. Un lead single qui a tout d’un tube et qui démontre clairement l’envie qu’avait Raphael Saadiq de garder avec lui ses nouveaux fans.

Un disque plus subtile et varié

Si la touche vintage est toujours là, les ficelles utilisées sont beaucoup moins voyantes que sur The Way I See It. L’instrumentation et les arrangements sur cet album sont impeccables, plus travaillés et peut-être moins communs, comme en témoignent Go To Hell, un titre sombre dans son approche mais optimiste dans les paroles, ou encore Movin’ Down The Line, où le ton se veut volontairement désinvolte.

Parmi les plus grosses surprises du disque, on retrouve le plus coloré Just Don’t, avec Yukimi Nakano de Little Dragon au chant et Larry Dunn (Earth, Wind and Fire) au Moog, ou encore la ballade rock-psychédélique-multi-influences Over You. Définitivement plus varié que son prédécesseur, cet album touche souvent d’autres styles musicaux que la Soul.

Stone Rollin’, le 3ème single, rend ses lettres de noblesse à l’harmonica dans un titre éponyme très Blues, tandis que le frénétique Day Dreams se veut plus jazzy. Inspiré de I Got a Woman de Ray Charles, ce titre porté par la guitare de Robert Randolph, parle d’optimisme dans un monde parfois difficile…

Good Man, le titre Soul contemporain

Durant la conception de l’album qui a duré 6 mois, Raphael Saadiq s’est chargé de la totalité de la production, ainsi que de l’écriture, aidé de la talentueuse Taura Stinson sur trois titres : Go To Hell, Just Don’t et Good Man. Elle assure d’ailleurs une partie vocale sur ce dernier titre, celui qui est devenu l’un des plus populaires de Raphael Saadiq auprès du public (nomination aux Grammy Awards et clip ayant le plus de vues sur sa chaîne Youtube).

Il faut dire que Good Man est la chanson qui est la plus contemporaine (peut-être un signe que le vintage a lassé ?) et percutante, surtout grâce à son clip qui met en scène la mannequin Yaya DaCosta et l’acteur Chad Coleman (The Wire & The Walking Dead) dans le rôle de « l’homme bon »… Une belle réussite.

Une fin de disque en apothéose

Officiellement, Stone Rollin’ se termine par la piste 10, The Answer, la chanson de clôture pas excellence : le rythme est lent et plus solennel, l’orchestration est splendide et les paroles sont plus personnelles. Sur chacun de ses albums, Raphael Saadiq glisse une référence à son enfance dans l’Oakland, et ici, il fait une chanson pour remercier les gens qui l’ont aidé à grandir, notamment.

Suite à ça, l’album se prolonge pour quelques minutes encore, avec la chanson cachée The Perfect Storm, sur laquelle Larry Graham a collaborée. Déclaration d’amour sensuelle favorisée par la basse de l’ancien Sly And The Family Stone, la chanson est l’une des plus belles de Stone Rollin’, et sa dissimulation au sein de l’opus demeure un mystère.

Le mot de la fin

Vous l’aurez compris, Stone Rollin’ est un disque réussi, peut-être sûrement plus encore que son prédécesseur, surtout avec du recul. La variété des sonorités qui compose l’album est un régal : toujours Soul, Raphael Saadiq a exploré d’autres genres, et principalement le Blues et le Rock (Can’t Jig Anymore, la face B du single Radio en est un parfait exemple, même si plus extrême encore).

Si beaucoup qualifient cet album de The Way I See It « Volume 2 », il n’en n’est rien, et ce n’est absolument pas le cas. Là où The Way I See It était un exercice de style dans lequel Raphael Saadiq a mis en pratique tout ce qu’il avait emmagasiné depuis son enfance, Stone Rollin’ est quant à lui dosé, dans la retenue, subtile, coloré et moins dans la démonstration. Bref, beaucoup plus harmonieux et digeste.

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