The Way I See It, 3ème album de Raphael Saadiq

The Way I See It, 3ème album de Raphael Saadiq

Troisième pièce de la discographie de Raphael Saadiq, The Way I See It est le fier successeur de Instant Vintage et de As Ray Ray. Commercialisé en septembre 2008, cet opus lui permet de toucher un public plus large aux États-Unis comme en France, puisqu’il voit ses ventes exploser au même titre que la notoriété de son auteur.

The Way I See It, un tournant pour Raphael Saadiq

Lors de la sortie de The Way I See It, Raphael Saadiq n’a plus rien à prouver aux fins connaisseurs du genre qui le respectent en tant que producteur, vocaliste, musicien et auteur de renom depuis ses débuts avec les Tony! Toni! Toné!. Néanmoins, il lui manque une chose à laquelle tout artiste, quoi qu’on en dise, accorde de l’importance : la reconnaissance du public. Après des certifications or, platine voire double platine avec ses différents groupes dans les années 90 et 2000, Raphael Saadiq a du mal à rayonner seul dans les charts, malgré d’excellentes critiques à son égard.

En 2008, dans un contexte musical dominé par la Pop et le R&B/Pop, c’est The Way I See It qui lui apporte l’exposition médiatique qui lui manquait ainsi que 3 nominations aux Grammy Awards. En proposant un style Soul inspiré de la Motown des années 60 et 70 (la pochette ne nous trompe pas, d’ailleurs), Raphael Saadiq est devenu le chef de file d’une tendance qui ne fera que se confirmer par la suite : « le vintage ».

Raphael Saadiq - The Way I See It

  1. Sure Hope You Mean It
  2. 100 Yard Dash
  3. Keep Marchin’
  4. Big Easy
  5. Just One Kiss (feat. Joss Stone)
  6. Love That Girl
  7. Calling » (feat. Rocio Mendoza)
  8. Staying in Love
  9. Oh Girl
  10. Let’s Take a Walk
  11. Never Give You Up (feat. Stevie Wonder & CJ Hilton)
  12. Sometimes
  13. Oh Girl (Remix) (feat. Jay-Z)
  • Seven (7-inch vinyl bonus track)
  • Kelly Ray (iTunes bonus track)
  • Big Easy (Euro version) (UK bonus track)
  • Come On Home (UK bonus track)

The Way I See It, l’hommage à la Motown

Il y a une formule que j’aime beaucoup employer pour décrire cet album de Raphael Saadiq, à savoir « un faux album de reprise des années 60 ». C’est en effet l’impression que l’on a en écoutant The Way I See It, disque qui semble tout droit sorti d’un grenier.

Du début à la fin, Raphael Saadiq nous plonge dans cette Soul Music qu’il affectionne tant depuis son plus jeune âge. Fan des Temptations, des Jackson 5 ou encore de James Jamerson (illustre bassiste de la Motown, ndlr), il s’en ait inspiré pour nous livrer « sa vision de la musique ». Assez éloigné de ses précédents travaux, cet album-concept n’est pas celui qui caractérise le mieux le style de Raphael Saadiq mais c’est celui qui définit le mieux l’homme qu’il est. Il permet, en effet, de comprendre sa personnalité et ses influences.

Durant toute sa carrière, le natif d’Oakland a toujours veillé à distiller un peu de ces inspirations dans ses divers projets, comme sur Grown Folks, extrait de As Ray Ray, ou encore sur (le sublime) I Found My Everything de Mary J. Blige. C’est d’ailleurs ce dernier qui l’aurait encouragé à faire The Way I See It.

Sur ce disque, il n’essaie pas d’apporter de la modernité à la musique soul, il la retranscrit telle qu’il l’a toujours connue. Par exemple sur Sure Hope You Mean It, on croirait entendre une version remasterisée de How Sweet It Is (To Be Loved By You) de Marvin Gaye.

The Way I See It : processus de création et paroles

Plus encore que sur ses précédents opus, Raphael Saadiq a fourni un travail colossal sur The Way I See It. À l’origine de la plupart des compositions, de l’écriture et des productions, il a aussi joué bon nombre des instruments que l’on entend sur l’album (il a même appris la sitar électrique pour Oh Girl). Bref, il est intervenu à tous les stades de processus de création de l’album, jusqu’à dénicher lui-même certains instruments ou le matériel qu’il voulait employer.

Il a notamment importé une grosse caisse des studios Abbey Road, ou encore (pour l’anecdote) acheté la batterie que l’on entend tout au long de l’album dans le magasin en face de l’endroit où il mangeait tous les jours, alors qu’elle était relayée au fond du magasin, dernière tout un tas d’instruments neufs…

Même si l’authenticité de l’instrumentation contribue à la réussite de l’album, l’élément le plus frappant est sans doute la capacité qu’a Raphael Saadiq à aborder un même thème sans jamais paraître redondant. L’amour est le sujet principal du disque, comme sur le doux Love That Girl (« Darling, I’m so glad we found each other / Holding hands, kissing, and making love and saying »), le sensuel Just One Kiss (où sa « muse » Joss Stone lui donne la réplique), le haletant 100 Yard Dash (« But every time I run need you oh so bad »), le très direct Let’s Take a Walk (« I need some sex, some sex with you ’cause you’re on my mind / I can feel your sweat, your body’s wet »), ou encore le populaire Never Give You Up (emmené par Stevie Wonder à l’harmonica et par le prometteur CJ Hilton).

Mais les deux chansons sur lesquelles je m’attarderais davantage sont Calling et Big Easy, qui sont sans doute celles qui ont le plus de sens. Tandis que la première est un message de tolérance (entre la communauté latino et la communauté noire), la seconde revient sur l’ouragan Katrina qui a dévasté La Nouvelle-Orléans en 2005. Inspiré du documentaire de Spike Lee, « When the Levees Broke », Big Easy décrit les tourments d’un parent qui a perdu sa fille ce jour-là… La chanson est assez perturbante, puisque le rythme enjoué contraste avec les paroles et l’interprétation de Raphael Saadiq (« Somebody tell me / What’s going wrong / I ain’t seen my baby / In far too long »).

Le mot de la fin

Indéniablement, cet album remplit son rôle et parvient à nous plonger dans les plus belles années de la musique Soul. Cependant, même si The Way I See It fait partie intégrante de la discographie de Raphael Saadiq, il n’en reste pas moins qu’une parenthèse puisqu’il n’est pas représentatif de sa musique depuis ses débuts avec les Tonies. The Way I See It relève de l’exercice de style, de l’album « concept » et de l’envie qu’il avait de nous livrer un disque à l’image de la musique avec laquelle il a grandi et qu’il affectionne.

(Zoom sur Stone Rollin’, le troisième album de Raphael Saadiq.)

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